Cendrier pour collectivités installé dans espace public urbain pour lutter contre les mégots au sol

Comment construire une stratégie efficace de lutte contre les mégots au sol pour les communes ?

Sommaire

Avec plus d’un mégot tous les dix mètres de voirie en moyenne en France et 20 000 à 25 000 tonnes jetées chaque année dans l’espace public, la pollution par les mégots représente un sacré défi environnemental pour les collectivités. Au-delà de l’impact écologique considérable — un seul mégot peut polluer jusqu’à 500 litres d’eau et met douze ans à se dégrader — cette problématique affecte directement l’image des communes et mobilise des ressources significatives pour le nettoiement urbain. Depuis 2021, les collectivités disposent d’un cadre réglementaire et de financements dédiés pour agir efficacement en installant le mobilier urbain adéquat. Voici les clés d’une stratégie globale réussie.

Un cadre réglementaire favorable aux collectivités

La loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire) du 10 février 2020 a instauré une filière à Responsabilité Élargie du Producteur (REP) pour les produits du tabac. Ce principe de pollueur-payeur impose désormais aux fabricants et distributeurs de tabac de financer la gestion des mégots abandonnés dans l’espace public.

L’éco-organisme ALCOME, agréé en août 2021, est l’interlocuteur unique des collectivités pour cette filière. Ses missions comprennent :

  • le soutien financier au nettoiement
  • la fourniture d’équipements de collecte
  • la mise à disposition de supports de sensibilisation
  • la distribution de cendriers de poche.

Les objectifs fixés par les pouvoirs publics sont ambitieux : réduire de 40 % le nombre de mégots jetés dans l’espace public d’ici 2027. Pour y parvenir, plus de 1 000 communes représentant plus de 20 millions d’habitants ont déjà contractualisé avec ALCOME, des grandes métropoles comme Paris, Lyon ou Marseille aux communes rurales.

Les soutiens financiers disponibles

En contractualisant avec ALCOME, les collectivités disposant de la compétence propreté/nettoiement bénéficient d’un soutien financier annuel calculé selon un barème par habitant. Ce barème varie selon la typologie de la commune : 

Au-delà de ce soutien au nettoiement, ALCOME propose deux modalités pour l’équipement en cendriers. La première option consiste à choisir gratuitement des équipements dans un catalogue référencé, sans avance de frais. La seconde permet aux collectivités de sélectionner librement leurs propres modèles et d’être remboursées l’année suivante, dans la limite de 42 € par éteignoir ou petit cendrier et 250 € par cendrier de rue.

En contrepartie, la commune s’engage à identifier ses « hotspots » (lieux où les mégots sont les plus nombreux) et à fournir un bilan annuel des actions réalisées.

Les quatre piliers d’une stratégie efficace

Une stratégie de lutte contre les mégots repose sur quatre axes complémentaires qui doivent être déployés de manière coordonnée.

Le diagnostic territorial constitue le point de départ indispensable. Il s’agit d’identifier précisément les zones de concentration des mégots : entrées de bâtiments publics, arrêts de transports en commun, terrasses de cafés et restaurants, abords des commerces et bureaux de tabac, parcs et jardins, marchés et zones événementielles. Ce recensement des hotspots permet de prioriser les investissements et de positionner les équipements aux endroits stratégiques.

L’équipement de l’espace public doit répondre à un principe simple : proposer une solution de collecte à proximité immédiate des fumeurs. L’absence de cendrier est la première justification avancée par les fumeurs qui jettent leurs mégots au sol. Le maillage doit être suffisamment dense pour qu’aucun fumeur ne puisse invoquer l’absence d’équipement à portée de main.

La sensibilisation des usagers vise à modifier les comportements. Les campagnes de communication doivent informer sur l’impact environnemental des mégots, rappeler l’existence des équipements de collecte et valoriser le bon geste. Les cendriers de poche, distribués gratuitement, offrent une solution pour les fumeurs en déplacement.

L’organisation de la collecte et du nettoiement complète le dispositif. La fréquence de vidage des cendriers et les circuits de collecte doivent être adaptés à la fréquentation des différentes zones.

Les équipements adaptés

Le marché propose une grande variété de cendriers urbains, chacun répondant à des usages et des contraintes spécifiques.

Les cendriers sur pied offrent une bonne visibilité et une capacité de stockage importante, généralement de 2 à 6 litres. Ils conviennent aux espaces ouverts et aux zones de forte fréquentation. Leur installation peut se faire par scellement au sol ou en version autoportante. Les modèles en acier galvanisé ou inoxydable résistent aux intempéries et au vandalisme. Les prix varient de 150 à 400 € HT selon les modèles et matériaux.

Les cendriers muraux permettent d’optimiser l’espace au sol et s’intègrent discrètement aux façades. Leur capacité plus réduite (0,5 à 2 litres) les destine aux entrées de bâtiments et aux espaces étroits. Comptez entre 50 et 150 € HT selon les modèles.

Les éteignoirs pour corbeilles transforment les poubelles existantes en points de collecte de mégots. Cette solution économique (40 à 80 € HT) permet de densifier rapidement le maillage sans multiplier les équipements.

Les combinés corbeille-cendrier centralisent la collecte des déchets et des mégots en un seul point. Particulièrement adaptés aux entrées de bâtiments et aux zones d’attente, ils facilitent la gestion pour les équipes de nettoiement. Les prix s’échelonnent de 300 à 600 € HT.

Les cendriers de vote constituent une approche ludique qui incite les fumeurs à participer en répondant à une question. Ce dispositif de sensibilisation rencontre un franc succès dans les zones de passage.

Les critères de choix doivent intégrer la résistance aux intempéries et au vandalisme, la facilité de vidage et d’entretien, la capacité adaptée à la fréquentation, l’intégration esthétique au mobilier urbain existant et la conformité au catalogue ALCOME pour bénéficier de la prise en charge pour les communes adhérentes.

Compléter le dispositif par des actions ciblées

Au-delà de l’équipement standard, plusieurs actions peuvent renforcer l’efficacité de la stratégie.

L’implication des commerçants et notamment des buralistes dans la distribution de cendriers de poche et la sensibilisation des fumeurs démultiplie l’impact des campagnes. Certaines communes organisent des opérations conjointes avec les buralistes pour distribuer massivement des cendriers de poche.

La création de zones extérieures non-fumeurs, par arrêté municipal, permet de concentrer les fumeurs dans des espaces équipés. Cette approche facilite la gestion et limite la dispersion des mégots.

L’organisation de ramassages citoyens, en partenariat avec des associations environnementales, sensibilise la population et crée une dynamique collective. Ces opérations « coup de poing » génèrent une prise de conscience et relaient le message de la commune.

La verbalisation des contrevenants, bien que délicate à mettre en œuvre, rappelle que jeter un mégot au sol constitue une infraction passible d’une amende de 135 €. L’affichage de cette sanction participe à la sensibilisation.

La valorisation des mégots collectés

Une fois collectés, les mégots peuvent être orientés vers des filières de recyclage. Plusieurs entreprises spécialisées proposent des solutions de dépollution et de valorisation : transformation en isolant pour le bâtiment, en matière plastique recyclée ou en combustible.

ALCOME propose un enlèvement gratuit des mégots à partir de 100 kg collectés pour les communes sous contrat. Cette option simplifie la gestion pour les collectivités qui souhaitent s’engager dans une démarche de valorisation sans avoir à organiser elles-mêmes la filière.

Le choix entre incinération avec les ordures ménagères et valorisation spécifique dépend des volumes collectés, des filières disponibles localement et des objectifs environnementaux de la commune.

Les clés du succès

Les retours d’expérience des communes engagées dans cette démarche mettent en évidence plusieurs facteurs de réussite.

  • La densité du maillage : un cendrier visible et accessible à moins de dix mètres modifie significativement les comportements. 
  • La régularité de l’entretien : un cendrier débordant ou mal entretenu décourage son utilisation et renvoie une image négative. La fréquence de vidage doit être adaptée.
  • La durée des actions de sensibilisation : les changements de comportement nécessitent des campagnes répétées dans le temps, pas seulement des opérations ponctuelles.

L’implication de l’ensemble des acteurs locaux amplifie les résultats. Commerçants, associations, établissements scolaires : chaque relais démultiplie la portée du message.

La lutte contre les mégots s’inscrit dans une démarche globale de propreté urbaine et de développement durable. Elle contribue à l’attractivité du territoire et au bien-être des habitants. Les outils réglementaires et financiers sont désormais en place : il appartient à chaque commune de s’en saisir pour construire sa stratégie.


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